Poèmes

 

Page d'accueil |Editions 32 Octobre |Sites associés | Images | Manifestations| PHOTOS

 

 

 

Maroc 2000 de Benoist Magnat

 

Le thé à la menthe

Les jardins de bougainvilliers

Les fleurs du mariage accrochées aux piliers

Et ces rêves suggérés par les mosaïques

 

Le déambulement des choses

comme des pierres savantes d'histoire

La longue sécheresse du ciel bleu

Et dans le décor nos paroles ricochent sur la réalité

 

L'ouvrier qui martèle les carreaux de la renaissance

La cigogne attendue pour les mois d'hiver

Les plats communs où les boules se roulent jusqu'à la bouche

Et cette fierté de l'être dans la Médina

 

 

LE HAMMAM

 

Sur le bord de l'existence

La caresse de la nuit au petit matin

L'eau renaissance des yeux mêlés de sable

Foyer des copeaux qui embrasent le ciel

Feu braisant des humeurs

 

Dans la chambre chaude au milieu des pensées

Le seau d'eau froide remet tout à sa place

Le corps s'en va petit à petit au gré des massages

à l'attente du rien

 

Cette méditation tiède avant de s'ouvrir au monde

Ce regard chaud sur l'humanité

Ces gouttelettes généreuses coulent les rides de fatigue

Le jour se lève, lavé des miasmes de la nuit

 

 

Souk à Marrakech

 

Il avait la main des oiseaux

un mouchoir de jardin dans la poche

une caverne d'Ali Baba

avec les fils qui relient les belles plantes

avec la lumière de demain

 

Sur le fond d'un jardin déser

le minaret dresse sa minéralité

Sur les pétales de roses légères

l'or brillant scintille l'esprit

 

Koutoubia depuis le jardin du consul de France

 

Les roses et les hibiscus

voient les regards de l'homme

 

La jeune fille et la femme

entendent les désirs de l'humanité

 

Je ne vois qu'une lumière d'olivier

et la marche obscure du jour

 

Les roses et les femmes

pétalent leur beauté droite

 

Offrande au mendiant d'une vision

Suggestion au mangeur de soupes

 

Je vois les voiles voler au-dessus du minaret

les sarcophages s'ouvrir à la rosée du matin

 

Le plein du jour pointe la sécheresse du trait

La nuit entière embaume les corps de jasmin

 

Le noir gagne le cœur des étoiles

Le bleu sourit aux propositions du soleil

 

Voir toutes les couleurs est la sagesse des profondeurs

 

Ancien palais du maréchal Lyautey

 

 

Toutes les vérités s'envolent

Et la terre reste pourtant sous mes pieds

Le vent m'emporte avec lui sur les sommets

Et je reste debout un homme de la vallée

 

 

 

ATLAS

 

Les mulets grimpent le chemin de l'Atlas

avec l'habitude dorée des pelages blancs

avec la charge des mondes

avec le souci de brouter à chaque inattention

Le muletier entasse la vie sur son dos

et les chemins défilent au pas léger de ses sabots

 

Surgissent les terrasses vertes avec leur village

accroché à la terre

La minéralité sèche des flancs de montagne

est trahie par les torrents innombrables

La neige d'avril sur les sommets et les cols

est cette fraîcheur sous le soleil dardant les reliefs

 

Les femmes Berbères touchées par la grâce

des couleurs vives et bigarrées gardent les vaches

ou montent sur leur nuque le fourrage de l'hiver

Les enfants fourmillent et les maisons cubes à terrasses

s'égrènent dans les chemins escarpés du village

 

Le froid du soir s'installe

Dans la brunante, les cris des brebis rentrantes

un concert de contentement et de prière

d'appel à soi et de réponses aux roches abandonnées de la nuit

 

Le voyageur s'endort sur la natte après le thé de l'hospitalité

Y aura-t-il réveil avant la nuit ou matin après le réveil ?

 

 

 

 

Le torrent dégringole à Iabasen

Les terrasses vertes font face aux rochers

La terre s'ouvre à la lecture du Coran

Les enfants récitent le maître psalmodie

Les cris enflamment la pièce

 

Les terrasses donnent leur dernière goutte de légèreté

avant la disparition de maître soleil

Une photo des hommes pendant que les femmes se cachent

 

Après les emportées du vent sur le col

Les caresses d'eau chaude dans le ventre de la terre

La pierre reprend sa force érigée en mur

avec les yeux des jeunes filles, cristallins comme de la roche

Le bavardage des hommes efface les femmes filantes

comme un goût éphémère et rapide

qui joue à cache cache avec le feu des regards

 

Avec les ifs pendus à la montagne

L'éternel recommencement de la nuit et du jour

 

 

Un chant d'enfant au bas d'un pierrier

Un cri de chevreau sur l'aspérité d'une crête

Et ce millefeuille de couleurs qui suit des courbes millénaires

sur les flancs de l'Atlas

 

Le rouge sombre lesté de rocs brillants

et le minaret rouge vif, pierre de l'âme ou marque de l'exil

coulent comme de l'hénné sur la joue de la montagne

 

Le jaune vert de sable et de gravier

Descend jusqu'aux pierres lavées de la rivière

A peine plus blanche qu'une laine de mouton suinte

 

Des stries blanches de neige ou de pierres

où les jaunes bruns sont les dômes des rides de la terre

Des roches léopards qui bondissent à votre regard

et la falaise aride qui se donne avec ses ombres et ses failles

des airs de mélèzes fossilisés

 

Au sommet le bleu non partagé donne la luminosité

aux terrasses vertes qui soulignent leurs yeux

par des lignes de pierres

cils fragiles des mondes souterrains

 

 

 

 

Dans la mémoire du monde

Je médine à petit pas

 

Dans la ryad de l'imam

Je plonge les fleurs dans le cœur de la matière

 

Dans la maison de l'ami

J'ouvre ma conscience à l'histoire d'un peuple

 

Et quand tous les jardins se ferment à la nuit

Sur la terrasse, j'embrasse les étoiles une à une

pour ne partir jamais

 

 

 

poèmes et photos de Benoist Magnat réalisés à Marrakech et dans l'Atlas en avril 2000

 

 
Editions 32 octobre :

Benoist Magnat

Chemin de la Peyrière

84200 Carpentras

 

Benoist.MAGNAT@wanadoo.fr

 

 

Page d'accueil |Editions 32 Octobre |Sites associés | Images | Manifestations